Une histoire d'entrepreneurs

Ignace Pleyel, Le père fondateur

En 1807, Ignace Pleyel, personnalité marquante de la vie musicale en France, compositeur de renom contemporain de Mozart, éditeur de partitions musicales et inventeur de génie, ouvre une manufacture de pianos qui allait rendre son nom célèbre dans le monde entier et dont la réussite internationale, sous l’impulsion de son fils Camille dès 1825, perdure encore de nos jours.

Un musicien et un compositeur de talent

Si le nom de Pleyel est aujourd’hui mondialement connu, peu de gens savent qui se cache derrière ce nom légendaire de la musique.
Ignaz Pleyel est né le 18 juin 1757 à Ruppersthal en Basse-Autriche. Fils d’instituteur, le jeune homme fût très tôt remarqué pour ses talents de musicien par le comte Ladislaus Erdöly qui devint son mécène. Il put ainsi suivre des enseignements prestigieux et devint notamment l’élève favori de Joseph Haydn. Avec l’appui de son mécène, Ignaz Pleyel fit de nombreux voyages en Europe, où il rencontra les principaux acteurs de la vie musicale de l’époque.
En 1783, Ignaz Pleyel arriva à Strasbourg où il prit la direction de l’Ecole de musique du Prince de Rohan puis devint en 1789 le maître d’orchestre de la Cathédrale de Strasbourg. En acceptant ce départ pour la France, le musicien obtint le droit de bourgeoisie lui permettant de devenir citoyen français et de se rebaptiser Ignace.
Compositeur de talent et reconnu de ses pairs, Ignace Pleyel créé plusieurs hymnes révolutionnaires puis s’installe à Paris, dans le quartier de la chaussée d’Antin, où il fonde une maison d’éditions musicales et invente les partitions de poche appelées « Bibliothèque musicale ».

Mozart, « quel bonheur pour la musique »

Pendant les quinze dernières années du XVIIIème siècle, Ignace Pleyel fut le musicien le plus populaire et le plus joué ; son talent était très largement apprécié par ses confrères, au premier rang desquels figurait Mozart qui dit à propos de Pleyel : « Quel bonheur pour la musique ».
Couronnement de cette notoriété, Pleyel joue une série de concerts à Londres en 1792 en compagnie de son maître Joseph Haydn. Les deux virtuoses sont alors au sommet de leur art. Alors que la révolution française bat son plein, les meilleurs artistes français sont sollicités pour célébrer ces temps nouveaux de liberté, égalité et fraternité.
C’est ainsi qu’Ignace Pleyel compose l’Hymne à la liberté en 1791 puis La Révolution du 10 août en 1793. Et alors que les compositeurs révolutionnaires sont nommés professeurs au tout nouveau Conservatoire, Ignace Pleyel préfère s’établir avec sa famille dans le quartier de la Chaussée d’Antin à Paris, où il fonde une maison d’éditions musicales

Un talent au service de son art

En 1797, Ignace ouvrit une modeste boutique d’éditions musicales à Paris. Il commença évidemment par publier ses œuvres mais
aussi celles de Haydn, Mozart, Beethoven ou encore Boccherini.
Débordant d’idées, il inventa peu de temps après, la partition de poche. Sa collection à bas prix en format de poche s’appelait "Bibliothèque musicale". Des changements de mode dans la musique poussèrent Ignace Pleyel à mette en sommeil sa carrière de musicien pour se consacrer à son métier d’éditeur.
Mais très vite il étoffa ses activités en développant la vente d’instruments divers, notamment des harpes, des guitares et des pianos.

1807, les premiers pianos Pleyel

Désireux de fabriquer ses propres pianos, Ignace Pleyel s’associe à Charles Lemme qui possédait un atelier à Paris. Cette association durera peu de temps, à peine trois ans, Pleyel s’installant dans ses propres ateliers fin 1807. De plus en plus absorbé par son atelier de fabrication de pianos, il se décharge en 1809 de sa maison d’édition. Malheureusement pour Ignace Pleyel, la vente d’instruments de musique traverse une grande crise peu de temps après et il peine à vendre ses instruments.
Sans l’aide financière de ses amis musiciens comme Kalkbrenner, Rossini ou encore Méhul, les pianos Pleyel auraient eu une existence extrêmement courte. En 1824, son fils Camille le rejoint pour assurer le relais sur l’ensemble de ses activités commerciales. Ignace Pleyel se détache eu à peu de la vie musicale et se retire dans sa maison de Somereau près de Paris. 

Camille Pleyel, Un musicien qui émerveille Chopin

Camille Pleyel, un entrepreneur de talent et un musicien qui emerveille chopin

Né en 1788 à Strasbourg, Camille Pleyel fut d’abord l’élève de son père avant de recevoir les enseignements du virtuose Jan Ladislav Dussek.
Musicien et concertiste de talent, Camille fit de nombreux voyages à travers l’Europe et il fut notamment remarqué à la cour du Roi d’Angleterre. Moins prolifique que son père en matière de composition, Camille était néanmoins meilleur musicien.
Son ami Frédéric Chopin dit d’ailleurs de lui : « il n’y a plus aujourd’hui qu’un homme qui sache jouer Mozart, c’est (Camille) Pleyel, et quand il veut bien exécuter avec moi une sonate à quatre mains, je prends une leçon ».

Un nouvel élan pour les pianos Pleyel

En 1824, à l’âge de trente-cinq ans, Camille rejoint son père dans l’aventure des pianos Pleyel. Camille avait profité de ses nombreux voyages pour visiter des factures de pianos comme Broadwood et il s’en inspira pour perfectionner ses propres pianos. L’arrivée de Camille correspond ainsi à une profonde réorganisation de l’entreprise qui rapidement porte ses fruits. En effet, dès 1825, ses travaux de recherches et ses innovations permettent à la Maison de se développer.
Mais Camille avait un autre atout non négligeable : ses connexions et relations amicales avec les grands musiciens de l’époque. Kalkbrenner, qui avait déjà aidé son père, devient son associé en 1824, tandis que d’autres artistes comme Cramer, Moscheles ou encore Frédéric Chopin font la promotion de la marque dans le monde entier. Ainsi, rapidement après son arrivée, la Maison connaît un formidable essor et acquiert une renommée internationale.
En 1830, Camille étend sa fabrique en achetant les ateliers de la rue Cadet et en crée les premiers salons Pleyel, qui allaient de venir un haut lieu de la vie musicale parisienne. 

Une obsession : perfectionner ses instruments

Dès 1825, Camille, par ailleurs véritable dénicheur de talents, s’attache à perfectionner ses propres pianos, dépose de nombreux brevets et développe la Maison en lui donnant une dimension internationale. Sous son ère, les innovations se succèdent pour obtenir des sonorités puissantes et riches et répondre aux exigences nouvelles des compositeurs.
Dirigée par des musiciens passionnés, la Maison Pleyel a toujours dialogué avec les artistes de son temps en le En 1827, les pianos Pleyel obtiennent une médaille d’or à l’Exposition Nationale de Paris et deviennent fabricants attitrés de pianos à queue de Louis-Philippe, Duc d’Orléans et futur Roi de France. s associant à ses innovations. Souvent à l’avant-garde, celles-ci sont devenues des classiques. 
Une nouvelle ère s’ouvre
Le 14 avril 1829, la santé d’Ignace Pleyel s’étant altérée, les Pleyel père et fils règlent les affaires de succession et fondent avec leur fidèle ami et pianiste de renom Friedrich Kalkbrenner la "Société Ignace Pleyel et Compagnie", Maison qui fabrique, vend et loue des pianos. Un second acte concernant uniquement les éditions musicales est également établi.
À partir de cette date, Kalkbrenner sera associé financièrement à toutes les opérations menées par la Maison Pleyel, et ce jusqu’à sa mort en 1849. Ces opérations concernent l’achat des terrains de la rue Cadet et de la rue Rochechouart, l’édification des bâtiments, l’aménagement des salons de concerts... : une nouvelle ère s'ouvre.

Les artistes, la meilleure promotion pour la marque

En cette première moitié du XIXème siècle, la vie musicale parisienne bat son plein. Le 1er janvier 1830, Camille Pleyel organise le premier concert public joué sur un piano Pleyel, inaugurant ce qui allait devenir une coutume : produire en public les pianos de la Maison à l’occasion de concerts.
Savoir s’entourer d’artistes, découvrir des talents et les produire avec leurs instruments constitue l’une des caractéristiques de la Maison Pleyel.
Camille considérait comme complémentaires à son industrie les manifestations musicales au cours desquelles le public pouvait apprécier et juger des qualités sonores des instruments qu’il vendait.
En véritable dénicheur de talents, Camille se lie avec Frédéric Chopin qui donne son premier concert dans les salons Pleyel le 26 février 1832, en devient l’ambassadeur le plus emblématique de la marque et reste fidèle à la Maison jusqu’à son dernier concert qu’il donna le 1848 juste avant son voyage funèbre à Londres. Son œuvre, indissociable des pianos Pleyel qui lui donnent la palette de nuances et la couleur de son recherché pour ses compositions, a forgé l’âme des pianos Pleyel reconnaissable entre toutes pour sa sonorité romantique.
En 1838, les ateliers de la manufacture s’installent au 22 de la rue de Rochechouart à Paris avec une première salle Pleyel de 550 places qui accueillit les plus grands interprètes et compositeurs du siècle, de Chopin à Debussy. Camille Saint-Saëns y donne son premier récital à l’âge de 11 ans.

Les premières salles de concert au monde

En 1830, il n’existait pas à proprement parler de salles de concert mais des locaux sommairement aménagés. Rapidement, ces salles ou foyers furent appelés "salons" à l’instar des salons littéraires du siècle des Lumières.
C’est dans ce contexte que Camille inaugura le 1er janvier 1830 ses fameux salons, situés au 9 de la rue Cadet. Ils allaient devenir un haut lieu de la vie musicale parisienne et où de nombreux virtuoses se feront entendre pour la première fois. Camille ouvrit ainsi ses portes à tous les artistes étrangers de passage à Paris : Cramer, Steibelt, Moscheles, Hummel, John Field.
Les salons de la rue Cadet préfigurèrent ce qu’allait être plus tard la toute première salle au monde dédiée à la musique. Située au 22, rue Rochechouart et financée grâce à la vente du commerce d’éditions musicales, elle disposait de 550 places assises.
Ce lien indéniable entre Pleyel et les concerts de haute qualité atteint son paroxysme avec l’ouverture de la mythique Salle Pleyel en octobre 1927, rue du Faubourg Saint-Honoré. Ce temple de la musique classique et du jazz a accueilli pendant de longues années les plus grands artistes de la planète.

1831 : un tournant dans la vie de Camille

L’année 1831 marqua un tournant dans la vie de Camille. Le 17 novembre Ignace Pleyel disparaissait, laissant derrière lui une œuvre de compositeur importante. Il fut enterré au cimetière du Père Lachaise à Paris.
Peu avant la disparition de son père, Camille avait épousé Marie Mock qui avait été précédemment fiancée à Berlioz. La concertiste, virtuose accomplie, réputée à travers toute l’Europe, lui ouvrit les portes des salons romantiques.
Consécutivement à ces changements, une ère nouvelle s’ouvrait. Particulièrement à l’écoute des courants artistiques, le jeune homme aimait surprendre et se démarquer du classicisme de ses concurrents. C’est ainsi qu’il organisa le 26 février 1832 dans ses salons de la rue Cadet le premier concert à Paris de Frédéric Chopin

Pleyel et Chopin, indissociables

Camille Pleyel fait la connaissance de Frédéric Chopin à l’automne 1831 et c’est dans les salons Pleyel de son ami Camille qu’il donna son premier concert le 26 février 1832. Devant un parterre de grands pianistes parisiens et de chroniqueurs musicaux réputés, le succès est immédiat.
Le succès ne le quittera plus jusqu’à la mort mais Chopin restera fidèle à son ami Camille et aux pianos Pleyel dont le toucher se mariait parfaitement au jeu de Chopin, tantôt aérien et raffiné et tantôt d’une violence mesurée.
« Quand je me sens en verve et assez fort pour trouver mon propre son à moi, il me faut un piano de Pleyel », aimait à répéter Chopin.
Camille devint le fournisseur attitré de Chopin qui donnera en retour tous ses concerts publics parisiens dans les Salons Pleyel. Il y fera salle comble jusqu’à sa toute dernière prestation, quelques mois avant sa mort, survenue en 1849.

Un facteur de pianos visionnaire

Si Camille entendait offrir aux musiciens un lieu de production digne de ce nom, il continua parallèlement à accorder une grande attention à l’amélioration des instruments qu’il produisait.
Il transforma peu à peu la facture du piano de manière à répondre aux exigences nouvelles des compositeurs, introduisit le piano droit en France et inventa le son dit « prolongé ».
Cherchant toujours à développer son activité, Camille donne un essor international à sa fabrique de pianos et réussi à les vendre jusqu’en Australie.
En 1855, les ateliers occupent 350 ouvriers et produisent 1400 pianos par an.

L’amélioration continue des pianos

Il fut ainsi le premier à oser utiliser un cadre métallique pour ses pianos.
Pour obtenir des sonorités puissantes et riches, indispensables à certaines œuvres romantiques, il choisit de poser des barrages en fer dans les pianos à queue, qui par leur meilleure résistance offraient un plus grand volume sonore.
Il veilla également à donner au clavier une parfaite égalité.
Camille ne cessa de déposer des brevets.
Il introduisit en France le piano droit, perfectionna sa fabrication en inventant le son dit "prolongé".

Des pianos pour tous

En 1838, il mit en vente un piano à queue de petit format (demi-queue) dont le son et le timbre étaient comparables aux grands modèles.
Soucieux de permette à tous de travailler sur un piano Pleyel, il proposa, dès 1839, un piano d’étude carré à deux cordes et six octaves, d’excellente facture, très solidement construit et d’un prix très accessible.
Conscient d’entrer dans une période déterminante pour sa Maison en concurrence sévère avec celle d’Erard, Camille lança ses petits pianos droits, ses célèbres pianinos.

A la conquête du monde

Dès les années 1830-1835, Camille cherchait à développer sa fabrique de pianos. Il partit pour cela à la conquête d’une nouvelle clientèle en s’essayant au marché international, jusqu’ici dominé par les Anglais.
Voyant un débouché possible à son négoce, il soigna particulièrement la fabrication des instruments destinés aux pays étrangers, adaptant et modifiant leur construction en fonction des conditions climatiques auxquelles ils pouvaient être soumis.
Très vite, ses efforts furent couronnés de succès, on trouvait, dit un journal de l’époque, des pianos Pleyel non seulement dans les principales villes d’Europe, mais aussi à la Nouvelle-Orléans, en Colombie, au Chili, au Pérou, au Brésil, aux Indes et même en Australie.

La reconnaissance de ses pairs

Quelques réflexions relevées en 1830 dans la Gazette musicale témoignent de l’avancement des recherches et des découvertes de la maison Pleyel à cette époque : « La réputation des pianos de MM. Pleyel est désormais faite dans le monde et parmi les artistes. Sous le rapport de la qualité du son, ces instruments ne laissent rien à désirer et me semblent même l’emporter sur les pianos anglais, qui furent longtemps le modèle de la fabrication. MM. Pleyel ont encore trouvé moyen d’améliorer leurs produits en changeant le système des claviers et en leur assurant de la légèreté ».
En cette période, la maison Pleyel multiplie les récompenses notamment les médailles d’or à l’Exposition Nationale de Paris. Camille lui avait été promu au grade de chevalier de la Légion d’honneur en 1834.
Le 4 mai 1855, Camille décède "au milieu d’un véritable succès industriel", comme l’écrit le journal L’Illustration. Il reçoit sa dernière récompense à titre posthume : une médaille d’honneur à l’Exposition Universelle de Paris en 1855.

     

Auguste Wolff, L'âge d'or

Associé à Camille Pleyel dès 1853, Auguste Wolff prend la direction de la Maison en 1855. A l’instar des Pleyel, il est également issu d’une famille de musiciens. Né à Paris en 1821, Wolff est un compositeur talentueux et un excellent musicien, premier prix de piano au Conservatoire de Paris en 1839.
Il présente des qualités d’entrepreneur actif qui lui permettent de prolonger l’œuvre des Pleyel. Il sera un facteur de pianos d’exception et contribuera grandement au développement de l’entreprise, notamment par l’ingéniosité et la qualité de ses innovations.
En 1862, la Maison Pleyel reçoit une médaille à l’Exposition Universelle de Londres pour l’ingéniosité et la qualité de ses innovations.
En 1865, Auguste Wolff déplace la Manufacture à Saint-Denis sur 55.000 m2 donnant ainsi une dimension industrielle à l’entreprise. A l’époque, la manufacture Pleyel est la plus importante au monde avec pour exemple 3.000 pianos fabriqués par an en 1866. Il intègre la mécanisation à son outil de travail et se révéla être un dirigeant humaniste et visionnaire pour ses 800 employés.
Dans cette usine moderne, véritable laboratoire de recherche dédié à l’amélioration continue de ses instruments, les pianos ne cessèrent de se perfectionner. Les diverses innovations n’étaient guidées que par la qualité finale, la fiabilité du piano et surtout la richesse de sa sonorité.
Couronnement de toutes ces innovations, la Maison Pleyel reçoit une médaille à l’Exposition Universelle de Londres en 1862.

Une vaste usine à Saint-Denis

En 1865, afin d’accompagner le développement commercial retentissant de la Maison, les ateliers de fabrication Pleyel furent transportés à Saint-Denis. On érigea une vaste usine sur ce site de 55 000 mètres carrés. Elle comprenait des ateliers équipés de machine à vapeur, des grandes zones de stockage pour entreposer les matériaux en provenance du monde entier et des bureaux pour la direction.
Les progrès de la technique industrielle avec le développement des machines à vapeur et de la dynamo-électrique permirent de produire un nombre d’unités jamais égalés, avec un pic en 1866, année pendant laquelle 3 000 pianos sortirent de l’usine.

De facteur de pianos à industriel

Auguste Wolff sut tirer parti du grand essor industriel et adapta la mécanisation à son outil de travail : l’usine était équipée de canalisations de chauffage, d’air comprimé et de vapeur alimentées par des chaudières et une station centrale autonome. Wolff fit preuve d’une grande rigueur, mais se révéla aussi comme un humaniste et un visionnaire. Conscient de la difficulté à gérer une masse salariale très importante pour l’époque (jusqu’à huit cents personnes pouvaient travailler sur ce site), Wolff s’intéressa également aux nouvelles conditions de travail inhérentes au progrès technique et sut mette en place des mesures sociales novatrices.

Un gigantesque laboratoire de recherche

Dans cette usine moderne, des entrepôts plus vastes et des laboratoires de recherche contribuèrent également à la qualité des instruments qui sortaient des ateliers. Bois, métaux, feutres et vernis étaient testés au sein même de l’usine. Wolff veillait à ce que les métaux utilisés sur ses pianos soient façonnés et expérimentés sur place. Le choix minutieux des matières premières était une condition indispensable à la bonne fabrication de série.

Une technicité sans équivalent

Les progrès techniques, la qualité de l’usine et la volonté de tous firent que les pianos ne cessèrent de se perfectionner. Les diverses innovations n’étaient guidées que par la qualité finale, la fiabilité du piano et surtout le son qu’il dégageait.
Parmi les innovations du milieu du 19ème siècle, on peut citer : la création du piano pédalier (adaptation des pédaliers que l’on trouvait sur les orgues), le clavier transpositeur indépendant et adaptable à tous les pianos (clavier mobile qui se superpose au clavier ordinaire), la pédale tonale sur le piano à queue, l’amélioration du double échappement... Une attention particulière a été apportée au clavier pour obtenir précision, délicatesse et rapidité dans l’attaque.
L’utilisation des cordes parallèles et croisées, l’attention accordée aux tensions et une sélection pointue des matériaux permirent de donner plus de résistance et de légèreté aux barrages. Wolf remplaça le cadre en bois par un cadre en fonte afin de conférer une sonorité fine et distinguée aux pianos.

Gustave Lyon, Le son "à la française"

A la suite de la disparition d’Auguste Wolf, Gustave Lyon prit la direction de la Maison Pleyel. Né en 1857, Lyon était un ancien élève de l’Ecole Polytechnique et possédait un diplôme d’ingénieur des Mines. Lui aussi musicien accompli, il utilisa ses connaissances scientifiques pour moderniser et améliorer la qualité des pianos et approfondir les secrets de l’acoustique.
Ses inventions lui valurent un prix d’honneur à l’Exposition Universelle de Paris de 1889, date à laquelle la Maison Pleyel produit son 100 000 ème piano. Un titre de gloire exceptionnel car Pleyel fut le premier fabricant de pianos au monde à atteindre ce chiffre.
En 1947, la Maison Pleyel fêta son 200 000 ème piano.
Au tournant du nouveau siècle, la marque Pleyel a d’innombrables inconditionnels, qui adoptent alors le fameux son Pleyel, incarnant "le son à la française" grâce à ses particularités coloristiques romantiques.
Pleyel est récompensée par un prix d’honneur à l’Exposition Universelle de Paris pour ses innovations qui contribuèrent au cours des années à l’évolution et l’amélioration de la facture instrumentale en général.

 

Les modèles P et F

L’apogée de la maison Pleyel se situe dans les années 1925-1930, époque où furent créés de prestigieux modèles.
Lyon est en effet l’inventeur du célèbre piano droit appelé " modèle P ", que le spécialiste Jean-Jacques Trinques appelle "le roi des droits", et du mythique "modèle F", un quart de queue inspiré du modèle "3 bis" évoqué précédemment.

La Salle Pleyel

En plus de fabriquer des pianos, Gustave Lyon était fasciné par l’acoustique des salles de concert. A cette époque le son relevait plus de l’art que de la science. Lyon devint un spécialiste de l’acoustique des auditoriums et ses recommandations furent régulièrement suivies par les architectes.
En 1927, l’édification de la Salle Pleyel, située rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris, salle de concert symphonique mythique, grâce notamment à ses lois acoustiques révolutionnaires, est créée pour être une véritable « Cité de la Musique ». Cet auditorium marque l’apothéose de cette dynastie et reste certainement la réalisation la plus emblématique de la Maison.
Cet imposant auditorium de musique à Paris présentait à son ouverture une capacité de 2600 places, deux salles de récitals de 550 places et 150 places, 48 studios de musique et servait d’écrin aux pianos Pleyel.
À cette époque, la Salle Pleyel était un des quatre plus prestigieux auditoriums dans le monde, au côté du Musikverein à Vienne, Concertgebouw à Amsterdam et du Carnegie Hall à New York.

Les difficultés de l’après-guerre

Si la marque Pleyel connut un constant développement jusqu’à la seconde guerre mondiale, l’après-guerre réserva des années plus difficiles à la plus grande manufacture française de pianos.
En 1961, Pleyel fut regroupé avec les deux autres marques françaises, Erard et Gaveau, et fut dirigée par les frères Gaveau. De 1961 à 1994, la production des pianos Pleyel fut transférée en Allemagne au sein des usines Schimmel.
C’est en 1996 que l’on peut assister à la renaissance de la marque. Les pianos Pleyel sont de nouveau fabriqués en France, sur le site d’Alès, dans une usine de 7.000 m2. Avant un retour au berceau d’origine de la fabrication des pianos Pleyel à Saint-Denis, dans une manufacture d’exception dédiée exclusivement à la fabrication de pianos à queue de haute facture.

  

Hubert Martigny, L'artisan du retour

En 2002, grâce à Hubert Martigny, les pianos Pleyel et la Salle Pleyel furent à nouveau réunis après 70 ans de séparation.
Quatre ans plus tard, il entreprend une rénovation complète de la Salle Pleyel en vue de redonner à ce haut lieu du patrimoine culturel français, une acoustique et une architecture aussi avant-gardistes qu’à sa création en 1927.
Période au cours de laquelle, la Maison Pleyel s’oriente vers l’univers du luxe et de la haute facture avec la fabrication de pianos à queue, dessinés par des artistes contemporains (Maarten Baas, Marco Del Re, Aki Kuroda), des décorateurs (Alberto Pinto, Jacques-Emile Ruhlmann) et des designers de renom (Andrée Putman, Hilton McConnico, Michele De Lucchi, Peugeot Design Lab) qui chacun réinvente les codes, les formes et les matières de cet instrument intemporel. La création de cette collection unique et originale établit Pleyel comme un acteur du design et de l’art de vivre contemporains, une image légitimée par le passé prestigieux de la marque.
En 2007, la Maison Pleyel est labellisée « Entreprise du Patrimoine Vivant » en hommage à son savoir-faire rare, à la qualité de ses pianos, à sa prospérité économique et, bien sûr, à sa renommée mondiale. En 2012, les pianos Pleyel reçoivent le « Prix de l'Excellence Française ».

Gérard Garnier, Un nouveau rayonnement international

En 2017, tirant parti de son expertise dans la fabrication et la distribution d’instruments de musique, Gérard Garnier reprend la Maison Pleyel avec l’ambition de perpétuer la tradition de haute facture des pianos Pleyel et de faire rayonner cette marque légendaire à travers le monde. 

En plus de deux siècles, Pleyel a su montrer sa volonté permanente d’innover et de se réinventer, tant du point de vue technique qu’esthétique afin de répondre aux souhaits des musiciens les plus exigeants. La Maison Pleyel a toujours accompagné les plus grands interprètes et compositeurs de son époque.
Célébrés par de nombreuses récompenses et autres prix attestant de la qualité de ses instruments, reconnus pour ses multiples innovations dans le but de sans cesse améliorer ses propres pianos mais aussi la fabrication des pianos en général, les pianos Pleyel, toujours pionniers dans l’âme, symbolisent le génie français en matière de facture instrumentale.

Pour aller plus loin :